Design et génération Millennials

Mars 2018 | Actualite

Depuis les baby-boomers, aucune génération n’avait autant fait parler d’elle. Nés entre le début des années 80 et la fin des années 90, les Millennials –également surnommés « génération Y »– se situent au tout début d’un changement qui va se poursuivre avec la relève de la génération Z. Exigeants, impatients, écologiques, sociaux et émotionnels, ils font partie d’une vague de jeunes qui sont en train de changer les concepts du design. Une nouvelle façon de vivre et de ressentir le design, sur le plan spatial comme au niveau du produit, de la communication et du graphisme. Conjointement à des entreprises et à des studios de la taille de CBRE, Pangea, Lagranja et de Yonoh, Actiu a eu la possibilité d’analyser au cours de la table ronde 'Le design, une expérience transformatrice de la société', qui s’est tenue dans l’École Universitaire du Design, de l’Innovation et de la Technologie, ESNE, sous la houlette de Maite Felices.

Le travail comme manière de vivre

Pour faire du bon design, prendre en compte les besoins des plus jeunes générations s’avère indispensable. À l’origine, beaucoup le considéraient comme un luxe purement esthétique, qui avec le passage du temps, a été reconnu pour son important aspect fonctionnel. Désormais, le design, c’est également l’expérience et l’émotion. Pour le directeur général de l’ESNE, Rafael Díaz, « le design qui ne transforme pas la société et qui n’améliore pas la vie de ses utilisateurs ne remplit pas bien sa fonction ». Un processus de changement en accord avec la philosophie de vie des nouvelles générations en constante évolution et qui cherchent à transformer leur quotidien en instants uniques à partager.

Transformer le travail en manière de vivre et non plus en moyen de vivre, tel est l’objectif des plus jeunes. « Pour les nouvelles générations, travail égale expérience, apprentissage, collaboration, plaisir et famille », explique David Sánchez, Brand Guardian de Pangea. Chargée de la promotion et la connexion de la génération Millennials avec les entreprises, l’association en collaboration avec le cabinet de consulting dédié aux espaces, CBRE, est l’auteur de l’étude « Nouveaux concepts des espaces de travail ». Il s’agit d’une analyse qui repose sur la façon dont ces nouveaux natifs numériques comprennent le travail et quels sont leurs besoins pour définir les bases des nouveaux environnements de travail.

Les ‘nouveaux nomades’ du monde du travail

Le design comme outil du changement, capable de capter et de retenir le talent, est un aspect fondamental. 

« Actuellement, les entreprises découvrent qu’en étant plus attrayantes, elles attirent davantage de talents, tout en accroissant ainsi leur productivité et leur créativité » souligne Muriel Altunaga, Head of Workplace Advisory & Transaction Services de CBRE

@officesnapshots.com

Pour les baby-boomers (nés entre 1945 et 1964), le travail est directement associé à la stabilité professionnelle, tandis que pour la génération X (entre 1965 et 1981) il signifiait qu’il fallait assumer d’une façon normale la hiérarchie professionnelle. En revanche, dans le cas des Millennials il s’apparente à un lieu plein de défis et d’expériences. Plus idéalistes que leurs prédécesseurs, les nouveaux professionnels sont aussi beaucoup plus exigeants et versatiles: ils se réinventent constamment, ils cherchent à apprendre et à se dépasser, et s’ils n’y arrivent pas, la mobilité professionnelle ne les effraie pas.

L’aspect collectif au-dessus de l’aspect individuel

L’Environnement de travail ne fait pas seulement référence à l’espace physique, mais également l’espace technologique. Un changement de concept dont les nouvelles technologies sont responsables en grande partie, facilitant la communication entre équipes de travail disséminées géographiquement ; et le changement de mentalité des plus jeunes, avec un sens de la propriété et de l’appartenance nettement inférieur. Face à l’individualisme et à la hiérarchie associés aux bureaux conventionnels, les nouvelles générations exigent des environnements harmonieux qui puissent contenir un large éventail d’expériences et de vécu, et dans lesquels l’aspect collectif prime sur l’aspect individuel. Un nouveau modèle de travail, qui dépasse le cadre du simple remplacement des bureaux traditionnels de type box par des pièces diaphanes, avec un parti pris pour des espaces personnalisés et segmentés en fonction des différents besoins, avec des ambiances collaboratives et des stimuli sensoriels qui puissent encourager l’apprentissage, des écrans d’information partagée, des nouvelles technologies et de connectivité. Connectés en continu aux réseaux, pour ceux que l’on surnomme 'natifs numériques' un espace de travail sans technologie n’est plus imaginable actuellement, en outre cela reviendrait à perdre des informations, de la motivation, de l’intégration et de la flexibilité.

Par ailleurs, la productivité, l’efficience, la coopération, l’inclusion, le dynamisme et la durabilité sont des aspects très appréciés par les nouvelles générations. Une conscience aiguë des aspects social et environnemental, qui requiert des technologies durables et des espaces de travail à la fois intelligents et capables d’être en ligne avec leurs besoins à travers des systèmes d’IA et de Big Data. Comme le souligne Alex Selma de Yonoh, le studio situé à Valencia et spécialisé en design de produit qu’il dirige avec Clara del Portillo, dans tout design, l’esthétique n’est pas le seul aspect fondamental, le confort en termes d’ergonomie et de visuel, l’est tout autant ».

La ‘domestication’ de l’espace de travail

La disparition de la ligne de séparation traditionnellement placée entre vie personnelle et vie professionnelle génère à présent une 'domestication' des espaces de travail. Parmi les ressources les plus employées, on retrouve des environnements qui rappellent ceux d’une maison, dotés d’un mobilier de plus en plus polyvalent et d’éléments naturels qui permettent de s’évader du bureau tout en restant présent. « Le meuble n’est plus perçu comme un simple objet, il s’est transformé en outil qui développe des aspects tels que la communication, l’ergonomie et le bien-être de leurs utilisateurs », explique Soledat Berbegal, conseillère et directrice de la communication chez Actiu. En ce qui concerne l’intégration d’environnements associés normalement à d’autres utilisations dans l’espace de travail, comme les cuisines et les restaurants, le directeur de la création et fondateur de Lagranja, Gerard Sanmartí, indique que, « même si ce phénomène de 'mutation' permet de partager le mobilier en fonction de l’espace désigné, certains aspects comme l’éclairage ou l’acoustique sont totalement différents. Un espace dans lequel l’utilisateur passe toute la journée n’a rien à voir avec un espace dans lequel il va séjourner une ou deux heures ».

La cohabitation intergénérationnelle

Les entreprises sont confrontées à deux défis : La cohabitation intergénérationnelle là où se trouvent encore de ‘vieilles’ générations et comment de concevoir des espaces dans lesquels puissent cohabiter harmonieusement les travailleurs dont les besoins et les objectifs sont très différents (en 2019, six générations vont cohabiter au travail). Des aspects tels que l’autorité, la sécurité, la stabilité, l’engagement, la tolérance envers le changement et l’échec, les sentiments d’appartenance et de possession, le travail en équipe, les nouvelles technologies, la conciliation de la vie professionnelle avec la vie personnelle, ou la mobilité professionnelle, sont interprétés de façons très diverses en fonction de chaque génération et poussent de nombreuses entreprises à vivre un processus de 'coaching inversé' entre leurs travailleurs afin de 'résoudre' la faille intergénérationnelle existante et réussir à les faire cohabiter et même à s’entendre.

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